Transformer le papier en octets peut-il peser sur notre empreinte environnementale ?

ADMINISTRATION NUMÉRIQUE
Transformer le papier en octets peut-il peser sur notre empreinte environnementale ? sur Qu'est-ce qu'on fait
Renouvellement de carte d’identité, enregistrement de dossier médical ou inscription sur les listes électorales, d’ici trois ans, toutes les démarches administratives devraient se passer en ligne. Quel impact pour l’environnement ?

C’est désormais une obligation. En 2019, l’ensemble des contribuables, à quelques exceptions près, ont dû déclarer leurs revenus en ligne. Une nouvelle étape franchie dans la mise en place de la réforme de transformation numérique qui gagne peu à peu à tous les domaines de l’administration. L’objectif affiché : 100 % des démarches administratives devront être accessibles par voie numérique en 2022. Il suffit de jeter un œil à l’observatoire numérique pour s’en convaincre, des millions de dossiers papiers sont voués à se transformer en octets. Le gouvernement promet d’« améliorer la qualité de service », d’offrir la possibilité d’« éviter les déplacements au guichet » et de réaliser des économies considérables pour l’administration. Dans notre future vie administrative, finies les files d’attente interminables et les gros dossiers à envoyer, il suffira donc d’un clic ou deux pour tout régler. Imaginant ces tonnes de papiers économisées et ces déplacements évités, on se prend à rêver d’une planète plus propre.

« Cela représente 4 % des émissions mondiales aujourd’hui, c’est au-dessus de transports aériens »

Un transfert de pollution

Sauf que l’empreinte environnementale du numérique est loin d’être anodine. « Cela représente 4 % des émissions mondiales aujourd’hui, c’est au-dessus de transports aériens », rappelle Maxime Efoui-Hess, chef de projet pour l’organisation The Shift project, à l’origine de rapports alarmants sur notre empreinte numérique. « Jusqu’ici, on avait tendance à penser que l’innovation technique allait nous permettre de limiter notre consommation mais on a pris conscience quantitativement de "l’effet rebond" ». On produit des équipements de plus en plus performants qui consomment de moins en moins, cependant, l’utilisation est plus intensive et les applications de plus en plus gourmandes. « Le résultat est qu’on utilise plus d’énergie ». La dématérialisation des documents papiers au format numérique va donc provoquer un transfert de pollution. « Nous allons gagner sur des indicateurs mais perdre sur d’autres », décrypte Frédéric Bordage, auteur de Sobriété numérique, les clés pour agir et détenteur du blog GreenIT.fr.

En plein chantier de mise en place, il est difficile de juger si le résultat pèsera négativement sur les ressources. « Il faut analyser précisément le scénario d’usage prévu sinon il est impossible de prédire si la dématérialisation va réduire ou augmenter la pollution », met en garde le spécialiste. Pour évaluer cet impact, il faudrait substituer plusieurs types d’usages. Le papier et les déplacements ne sont pas les seuls aspects à prendre en compte. « Il y a tout un tas d’hypothèses sur l’équipement utilisé et sa durée de vie », détaille Maxime Efoui-Hess. 

À l’heure où il suffit d’un clic pour commander une pizza ou acheter un billet de train, il semble évident que l’administration s’adapte aux nouvelles habitudes des usagers. Comment accompagner ce changement en limitant les dégâts environnementaux ?

  • On revoit nos usages en commençant par réfléchir à la façon dont on consomme. « Identifier si cela correspond à un besoin, une envie ou alors si c’est dicté par la conception de la plateforme », abonde Maxime Efoui-Hess. 
  • Avant d’imprimer un document ou de lire 700 pages en ligne, on se pose les bonnes questions : selon une étude de l’Ademe qui analyse le cycle de vie d’un papier imprimé et d’un document lu sur un ordinateur, « il vaut mieux imprimer en recto verso en noir et blanc que lire sur son ordinateur si on passe plus d’une à trois minutes par page. »
  • On tente de limiter l’arrivée automatique des courriers administratifs. Frédéric Bordage conseille d’appliquer ce qu’il appelle la « dématérialisation radicale ». « Quand on matérialise la facture de téléphone au format PDF en cliquant sur un lien en se connectant au portail de l’opérateur téléphonique, c’est moins consommateur d’énergie. » Une démarche à n’utiliser qu’en cas de besoin.
  • On encourage les pouvoirs publics à concevoir les sites institutionnels le plus sobrement possible. En mars 2018, Frédéric Bordage a remis à Brune Poirson (secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire) et Mounir Mahjoubi (à ce moment-là secrétaire d’État au Numérique) « un livre blanc contenant des propositions pour éco-concevoir les sites web de l’État ». Si pour l’instant, rien n’a bougé, il assure qu’en interne, le gouvernement y travaille. « Des sites les plus sobres possible pourront permettre aussi une meilleure accessibilité », souligne-t-il. « Nul besoin de la 4G pour la plupart des interactions qu’ont les citoyens avec l’État. » Une façon aussi d’endiguer (en partie) la fracture numérique.
Amandine Seguin
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